
Sous le soleil de Marrakech, à la veille du printemps. Quelle que soit la ville d’où l’on vient, de Casablanca, de Rabat, de Chefchaouen, de Lâayoune… il y a d’abord ce plaisir de l’arrivée dans la ville des jardins, la ville au pied d’un Atlas aux cimes enneigées se détachant sur un ciel d’un bleu sans rival. Nous sommes vendredi 7 mars. Dernière ligne droite pour les organisateurs de la Khmissa 2008. L’accueil des 25 femmes nommées cette année dans les cinq catégories,
Action Sociale et Humanitaire, Administration et Service
Public, Jeune Entreprise, Culture (Chant), Sport, se fait à
l’hôtel Mansour Eddahbi. Au fur et à mesure de leur arrivée
dans le hall où les attendent la rédactrice en chef de Citadine
Keltoum Ghazali, la journaliste Saloua El Oufir et l’irremplaçable
Hasna Awam, et une fois leurs bagages déposés dans
leurs chambres respectives, l’équipe Citadine les guide vers
la salle où un relooking a été prévu pour la cérémonie. Une
ambiance fébrile règne au sous-sol. Deux coiffeurs et une
maquilleuse sous l’orchestration de la responsable Mode,
Ilham Benzakour, relèvent un challenge. Dans une petite
pièce où scintillent les étoffes chatoyantes des caftans que
choisiront les Nommées, les professionnels de la beauté doivent
en très peu de temps coiffer et maquiller 25 femmes en
deux hommes. Des gestes rapides, précis et concentrés. On
« brusche », on lisse, on boucle, on donne forme à toutes
sortes de chevelure. On poudre, on trace, on colore. On souligne
un regard, on ravive un teint. Plaisir de la mise en beauté.
Les Nommées attendent, s’impatientent, conversent.
Certaines boudent déjà. On leur avait promis la thalassothérapie.
Et la promesse ne semble pas avoir été tenue. Mais ce
qui importe, c’est celles qui ont le c œur en fête « Je suis si
fière d’être à la Khmissa. En France, je jouis déjà, par mon
action sociale et mon action politique, une reconnaissance.

Je vis maintenant cette reconnaissance au Maroc. Je me
sens comme une ambassadrice du Maroc en France ! Je me
sens bien ici ! Je suis contente de me retrouver là, avec les
femmes, pour la Khmissa et pour la Journée mondiale des
Droits de la Femme. Je rends hommage aux 24 femmes qui
luttent au Maroc » confie, dans un élan joyeux et en attendant
son tour pour le relooking, Zineb Doulfikar, fondatrice
et directrice des « Chibanis », Présidente de « Ni putes ni
Soumises » à Nice. Elle ne se départira pas de sa bonne
humeur pendant les deux jours de sa présence pour la
Khmissa 2008. Militante politique, assistante sociale, fondatrice
d’une association pour les vieux, mère de deux garçons,
un de 24 ans et un de 20 ans, Zineb à l’énergie d’une toute
jeune femme et la gaîté communicative d’un enfant. Quand
elle rentre dans la salle de dressing pour y choisir sa tenue
Haute Couture, elle le fait comme la petite fille qu’on imagine
qu’elle dut être « Gagner la Khmissa, ça serait bien pour
les « Chibanis » mais ce qui importe c’est d’être nommée et
que la Khmissa mette un phare sur les actions des
femmes ! ». Peu d’hésitation. Zineb sait ce quelle sera sa
tenue. Un coup de c œur ! Le temps passe vite. A côté se
déroule la répétition de la cérémonie de remise des trophées
Khmissa dans la grande salle du Palais. Dans les couloirs
d’une salle à l’autre, on circule, on s’affaire, on téléphone. On
aperçoit Hasna Awam, coordinatrice et responsable de fabrication
de Citadine, le portable à l’oreille qui, sans relâche,
répond, coordonne, tente de résoudre les problèmes un à un.
Ilham accueille les femmes, lance parfois un regard légèrement
apeuré, aussitôt rassuré, on y arrivera bien, on sera
dans les temps. Sa voix reste toujours calme « Aura t-on le
temps de me faire la manucure ? » demande une nommée
inquiète en montrant ses ongles sans vernis. Un court
moment on voudrait rappeler à cette personne qui a eu la
chance d’être choisie par un comité d’éthique, ce qu’est la
Khmissa et ce qui a motivé son concepteur et son fondateur,
Abdellatif Khizrane.
Si le relooking est un cadeau offert à l’occasion de la
Khmissa, il ne doit pas faire oublier que l’important est l’action
des femmes, l’action pour un Maroc meilleur, pour qu’un
jour les milliers de petites filles analphabètes puissent tenir
un stylo entre leurs doigts non vernis, pour un travail de fond
plutôt qu’un vernis apparent.
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