
Une conférence de presse réunissant tous les journalistes et les
nommées est organisée à l’issue de l’agréable déjeuner dans le
jardin ensoleillé et odorant du Palais des Congrès. Va et vient
autour du buffet, les échanges d’impression continue entre
l’hors d’œuvre et le plat. Rochdi Souad est tout sourire.
Gracieuse jeune femme, elle est une de nos fiertés nationales
dans le domaine sportif. En mars 2007, elle obtint la première
place en Thai Boxing en Thailande. 47 pays étaient en compétition.
En septembre 2007, elle remporte la victoire sur 56 pays.
Elle est championne du monde. Rochdi n’en était pas à sa première
victoire. Quatre fois championne du Maroc en Thai
Boxing, sept fois en Kick Boxing, six fois en Boxe française
Savate, cinq fois en semi-contact, Souad a toujours été encouragée
par sa famille et toute la famille des El Hilali, Driss
Abdelkrim, Rachida… « L’homme important qui m’a poussé vers
le Khmissa est Lhacen El Hilali, champion du monde, juge international,
etc… Pour moi, la Khmissa s’est très bien passée. Je me
sens bien. C’est une expérience importante. Pour moi, la femme
est un pilier de la société. Je suis fière de tout ce que font les
femmes, de leurs compétences dans tous les secteurs ». Pour
Ihsan Rmiki qui se prépare à donner un concert en Tunisie dans
le cadre des Journées Culturelles Marocaines « Je ne suis pas
très sensible au thème du 8 mars car la femme est omniprésente
toute l’année, mais La Khmissa qui est une très bonne initiative,
est une reconnaissance. La victoire, c’est d’avoir été nommée!
»
La voix de Belkacem Boutayeb, membre du comité d’éthique,
impliqué depuis plusieurs années dans l’organisation de la
Khmissa, résonne dans le micro. Les nommées qui le souhaitent
sont invitées à prendre la parole. Belkacem est l’homme qui a,
pour toute femme, jeune et moins jeune, belle et moins belle, un
compliment bien tourné. Faire sentir à chaque femme qu’elle est
importante, il le fait avec aisance ? Il invite Selma Bennani au
micro « En tant que femme je n’ai jamais fait face à des difficultés,
j’ai eu beaucoup d’attention et d’amour. Je suis présidente
depuis l’âge de 24 ans. Ce qui me fait courir, c’est le social et l’humanitaire>>

déclare t-elle avant de parler de son expérience de
la vertu thérapeutique de la pratique du sport. Pour l’énergique
et déterminée Imane Barhmi qui a conçu un éco-gîte dans sa
région de cœur, l’Oriental, et plus précisément Jerada, la victoire
« est une revanche pour toutes les femmes qui font un métier
d’homme ». Comme jeune architecte « il faut se battre contre les
ouvriers, l’administration, etc… ». Samira Zaouli, à la tête du
football féminin, qui a l’expérience de la victoire comme de la
défaite dans le foot et qui connaît les humeurs d’un public peu
indulgent, rend hommage à son père qui lui a transmis la passion
du sport et du football. « Mon objectif est de promouvoir le
sport féminin, d’encourager la présence de médecins femmes,
de kinésithérapeutes femmes, d’encadreurs femmes. Mon ambition
aujourd’hui est de créer un centre pour filles à Hay
Mohammedi! » Après la prise parole de Najat Anwar El Boukari
pour son association « Touche pas à mon enfant », qui rappelle
l’importance d’un tabou, de l’hypocrisie d’une partie de la société
qui refuse d’être confrontée à cette réalité puis de Hind Jalal
sur l’importance de la démarche genre dans la budgétisation et
de l’impact différencié des politiques publiques, question pertinente
et pointue, vint le témoignage émouvant d’une ancienne
nommée de La Khmissa, celle dont Zineb Doulfika disait en arrivant
à Marrakech de Nice « J’espère voir Aïcha Chenna, c’est
notre monument! Elle me donne du courage tous les jours ! ».
Alors que l’époux d’Aïcha Chenna, homme qui a toujours soutenu
l’action de sa femme, offre des fleurs aux femmes présentes,
Aïcha prend la parole. C’est sa première sortie après 8 mois de
longue maladie. Aïcha a fait la douloureuse expérience de la
dépendance du malade « Chaque lever de soleil compte à mes
yeux. Je demande à Dieu encore un peu de temps pour finir ma
mission car le chemin est long. Je porte toujours ma Khmissa où
que j’aille, je ne l’ai enlevée que pour les séances à l’hôpital. Je
voudrais remercier Citadine. Le rôle des médias est important
car ils jouent un rôle auprès des acteurs économiques et sociaux.
Les familles au Maroc commencent à ouvrir leurs portes grâce
au travail des médias. Juste avant de rentrer à l’hôpital, j’étais en
Tunisie, invitée en tant que pionnière pour la lutte contre l’abandon
des enfants. Si au niveau des lois, la Tunisie a été très en
avance, socialement, la situation est bien pire qu’ici. Les femmes
tunisiennes n’osent pas encore dire « mère célibataire ». J’étais
fière […] Je voudrais tant que le Maroc soit un modèle pour les
autres pays arabo-musulmans. L’enfant ne doit pas porter le
poids de l’erreur de la société. Je voudrais inviter tout le monde
ici présent à faire une minute de silence en se disant « et si c’était
moi ». Et je vous laisse à votre conscience ». |